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Touré Kouamé Rhonda, Fondatrice de RH Mode: Du dépit à la passion pour la mode vestimentaire

Frappée par deux échecs consécutifs à l’examen du baccalauréat, Touré Rhonda sombre pratiquement dans le découragement à en être malade. En bon père, son géniteur va la relever en l’orientant vers le secteur de la mode. Ce métier qu’elle a embrassé par dépit va devenir plus tard la passion de sa vie et le fondement d’une carrière d’entrepreneure prometteuse.

Nous sommes en juillet 2000, et Kouamé Rhonda vient d’échouer pour la deuxième fois au bac. Elle est complètement assommée, non pas à cause de l’échec en lui-même, mais surtout à cause du paradoxe que représente ce deuxième échec. Brillante élève, elle s’est toujours retrouvée parmi les meilleurs dans son parcours académique. Aussi, elle vit ce deuxième échec comme une injustice que lui fait toute la terre. Sa déception est grande. Mais son père qui avait remarqué chez elle des prédispositions de couturière pendant les cours occasionnels et improvisés de couture que donnait son épouse à leurs enfants, lui suggère de s’intéresser à ce métier. Par dépit et surtout par souci d’obéissance, elle s’oriente dans la formation professionnelle et s’inscrit en 2002 à l’American Lady Beauty institut, une école de mode, de couture et de coiffure située à Cocody-II-Plateaux, derrière l’Ena.  Au bout de deux mois, le changement est radical chez la jeune fille. Elle est complètement transformée par cette nouvelle activité dont elle est désormais passionnée au point de faire des heures supplémentaires. Ainsi, elle restait au-delà de 15 heures, heure de descente, pour travailler sur des exercices qu’on leur donnait ou des projets personnels. 3 ans après, c’est-à-dire en 2005, elle obtient son CAP couture et fait un stage de  6 mois dans les ateliers de Nadia Druide, celle qui est aujourd’hui la présidente des couturiers de Côte d’Ivoire, avant de s’installer au domicile de ses parents pour exercer.

Une déconvenue et un succès

Mais les débuts ne seront pas faciles. Un premier obstacle va se dresser devant elle en la personne d’une cliente compliquée. Cette dernière qui la sollicitait pour la deuxième fois va marquer son insatisfaction face au résultat du deuxième travail en la qualifiant de tous les noms. Ce qui lui fera très mal et va l’amener à s’orienter vers la couture homme exclusivement, estimant que ces derniers ne sont pas compliqués comme les femmes. Son père va essayer de lui remonter le moral, mais elle va demeurer sur son choix pendant un bon moment jusqu’à ce que l’une de ses amies travaillant dans une maison d’assurance, qui a également marqué son étonnement face à cette décision, lui propose de réaliser pour elle une dernière robe. Cette robe va plaire à l’une de ses collègues, et de fil en aiguille toutes les femmes de l’entreprise d’assurance vont également solliciter les services de Rhonda Kouamé. Ce qui l’amènera évidemment à revenir sur sa décision. C’était en 2006.

En 2008, elle fait l’exploit de réaliser pour le compte d’une amie une robe de mariée dont le succès va la dépasser elle-même. « Ma première mariée était trop chic. La réaction des invités face à la robe a dépassé complètement mon entendement » raconte-t-elle. En effet, alors que tout le monde s’attendait à ce que la mariée indique l’un des grands noms de la mode ivoirienne comme concepteur de sa robe, celle-ci montrera Kouamé Rhonda à leur grand étonnement.

Malgré ce succès, Kouamé Rhonda Touré tient à prendre sa revanche sur l’enseignement général. Elle passe le test d’entrée en capacité de droit en cours du soir et réussit. Après 2 ans de formation elle obtient son diplôme de capacité et  s’inscrit en première année (deug 1) de droit en cours du jour. Elle réussit à passer en deuxième année. Mais comme un sort qui s’abat sur elle pour l’empêcher de réussir dans cette voie, la crise post-électorale de 2011 qui a entrainé la fermeture des universités, l’empêche de poursuivre. Elle décide d’arrêter définitivement et de se consacrer à la couture qui ne cesse de lui sourire. Elle quitte ses parents et ouvre son atelier à la riviera Zinsou en 2012.

Devenir la reine du polo ethnique

La même année, elle fait partie de la génération montante à l’African fashion week d’Abidjan et réalise son premier défilé de mode. En décembre 2012, le succès de son travail l’amène à figurer dans un magazine célèbre de mode en Côte d’Ivoire. Cependant, elle estime ne pas avoir eu le résultat escompté qu’on pourrait avoir lorsqu’on est exposé sur le plan médiatique et évènementiel et retourne dans son train train quotidien : confection de robe de mariées, d’habits à usage ordinaire pour hommes, dames et enfants. Entre temps, Kouamé Rhonda s’intéresse aux accessoires de modes : sacs à main, serre-têtes, bracelet, pinces à cheveu, « chouchous », etc. Elle apprend la conception de tous ces accessoires sur le tas et surtout par le biais du bricolage. Avec  ce segment d’activité, elle va réaliser son plus gros marché en 2015 à savoir la réalisation de 1000 sacs échantillons en 3 semaines pour une société de cacao.

Par ailleurs, depuis 2012 elle a un projet cher dans son cœur. Celui de faire du prêt à porter en mettant en place une ligne de vêtements, en particulier des polos. Elle choisit ce vêtement, pour sa capacité à être porté à la fois par la gente féminine et la gente masculine, ce qui élargit la base clientèle. Mais elle ne veut pas se contenter de faire des polo ordinaires. Elle veut marquer sa particularité en investissant dans un polo qui fait la promotion de la culture africaine, en particulier des pagnes traditionnels. Ainsi, le produit fini qu’elle veut mettre à disposition allie modernité et tradition en intégrant des pagnes ordinaires et des pagnes tissés. Les années passent sans que cela ne deviennent une réalité pour manque de financement. Elle intègre l’incubateur prodije de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire en 2017 grâce à son mari qui a eu l’information et qui a constitué discrètement ses dossiers jusqu’à l’aboutissement. Elle apprendra énormément avec le projet Prodije notamment la gestion de stock, la publicité, etc. A deux mois de la fin de ce programme, elle dessine au cours d’une nuit une trentaine  de polo et considère cela comme une inspiration venant du Saint-Esprit et un signal indiquant que c’était le moment idéal pour se lancer effectivement dans la production. Elle le fait sous fonds propres à défaut d’avoir un financement. Avec une équipe constituée d’un travailleur permanent et deux contractuels, elle réalise dans un premier temps 30 polos qu’elle a pu écouler comme de petits pains à l’occasion d’une exposition-vente organisée à la clôture du programme Prodije en novembre dernier. Depuis lors, elle ne cesse d’augmenter progressivement sa production. Pour cette année 2019, avec son atelier situé à la riviéra Golf, elle envisage de produire 500 polos par mois, puis 2000 en fin d’année et devenir ainsi la reine du polo ethnique en Côte d’Ivoire.

Au-delà de cet objectif, Rhonda Kouamé Touré veut construire à termes une école de couture avec une particularité, celle d’inclure l’entrepreneuriat comme programme de formation afin d’aider les apprenants à créer eux-mêmes leurs propres emplois et à en créer pour d’autres. Elle a réfléchit à une telle école parce qu’elle pense que les personnes formées dans les écoles de couture sont le plus souvent laissées pour compte. En leur apprenant à entreprendre, elles pourraient mieux s’en sortir selon elle. Dans son cas particulier, elle a dû se priver de déjeuner pour acheter sa première machine Singer au prix de 85 000 en respectant une valeur que ses parents lui ont inculqué : se battre soi-même pour obtenir ce qu’on veut tout en comptant sur la grâce de Dieu. Concrètement, son père lui a appris que pour tout projet, elle doit se débrouiller pour constituer au moins un apport initial correspondant à 70% du financement quitte à compter sur d’autres personnes pour mobiliser les 30% restant. Dans l’application de cette règle, son père lui vient toujours en aide lorsqu’elle est bloquée. Ce dernier, professeur d’université à la retraite, est toujours son plus grand appui jusqu’aujourd’hui, à qui l’on peut ajouter son mari, son plus grand fan et surtout son mentor. Formateur en gestion de projet et en entrepreneuriat pour divers structures, il contribue pour beaucoup à son avancement.

Marius Nouza

Source: Tribune de l’économie

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