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Cultures maraichères: Des légumes produits à partir d’excréments de poisson au Cameroun

Produire des légumes à partir d’excréments de poisson, tel est le système mis au point par Save our agriculture, une entreprise spécialisée dans l’aquaponie. Fondée par Flavien Kouatcha, un jeune entrepreneur Camerounais, ce système permet d’obtenir des aliments maraîchers biologiques comme la tomate, la salade, le piment, le gombo, etc.

L’entrepreneur produit des légumes à partir d’excréments de poissons (Photo : DR)

Les unités aquaponiques de la startup sont commercialisées aux particuliers et professionnels en milieu urbain. L’idée est de permettre à ces personnes de pouvoir produire eux-mêmes leurs aliments. Ce système leur permet également, en utilisant moins de ressources, d’obtenir des productions plus importantes qu’en agriculture traditionnelle. Pour l’entrepreneur, cette innovation a par ailleurs pour avantage de favoriser surtout leur rendement. « Par ces temps de changement climatique, c’est une solution qui vient à point nommé dans la mesure où elle permet de produire des aliments en utilisant seulement 10% de l’eau consommée par l’agriculture conventionnelle. Elle permet aussi d’obtenir trois à quatre fois plus de rendement », précise-t-il. Depuis son lancement en 2015, Save Our agriculture a commercialisé plusieurs dispositifs aquaponiques. Le prix des kits varie entre 80 000 FCFA (122 euros) et 600 000 FCFA (916 euros) l’unité, en fonction de leur taille et des besoins du client.

Des activités diversifiées

En 2018, Flavien Kouatcha a réalisé un chiffre d’affaires de 58 millions FCFA (88 549 euros). Au-delà  de ce chiffre d’affaires,  Save our agriculture emploie une dizaine de jeunes de moins de 30 ans. En plus de l’aquaponie, cette startup s’adonne à la culture des légumes et à la pratique de l’élevage dans plusieurs localités du pays. «Nous faisons des cultures maraîchères biologiques (tomate, salade, piment, gombo), mais aussi de l’élevage (poulets de chair, poissons silures). D’autres projets sont en cours comme la production de miel, l’élevage de lapins et de porcs mais nous procédons aux aménagements de façon progressive», signifie-t-il avant d’indiquer, que pour faire fleurir tous ces projets, il est déjà allé à la conquête d’hectares cultivables dans les régions du Littoral et de l’Ouest du Cameroun. Un parcours du combattant pour celui qui estime que la recherche de terres arables reste le principal obstacle à l’émergence d’entrepreneurs agricoles dans son pays.  «Nous avons des exploitations agricoles dans le Littoral (arrondissement de Dibombari) et dans l’Ouest du Cameroun (arrondissement de Demdeng). Je les ai acquises au terme d’un commun accord avec de précédents exploitants qui ont quitté l’activité pour des raisons personnelles. Mais ce n’était pas un chemin facile puisque le foncier fait définitivement partie des éléments qui découragent les entrepreneurs agricoles dans mon pays», déplore le passionné d’agriculture.

Un entrepreneur passionné

Avant de se consacrer à l’agriculture, Flavien Kouatcha, ancien élève du collège De La Salle de Douala, a occupé les fonctions d’ingénieur technicien dans une entreprise portuaire. Diplômé en sciences et techniques de l’industrie de l’Ucac-icam, une grande école d’ingénieurs et de techniciens établie à Douala, il a travaillé pendant trois ans dans la maintenance portuaire entre autres, avant de se tourner résolument vers l’agriculture. Sa passion pour la terre va finalement l’emporter et faire opérer à Flavien Kouatcha une sorte de retour aux sources. «Je suis né dans une famille agricole. J’y ai fait mes premiers pas et j’ai donc très vite été en contact avec le monde agricole et ses réalités. À la base, j’ai toujours voulu apporter ma pierre à l’édifice, à la lutte pour la sécurité alimentaire dans le pays ou au sens plus large sur le continent africain, mais cela a pris du temps pour réaliser que cette passion était plus forte que tout», confie-t-il. De son expérience portuaire, l’ingénieur a tiré de nombreuses leçons qui l’aident aujourd’hui dans la structuration de son entreprise. Jusqu’à présent, Flavien Kouatcha essaie de se servir des outils modernes comme l’aquaponie pour faciliter les opérations et accélérer la transformation de ses services avec un bon rapport qualité–prix. En quelques années, ce chantre de l’or vert a pu entrer pas à pas dans le club très fermé des jeunes entrepreneurs les plus convaincants de sa génération. Il est le président national de la Jeune chambre internationale (Jci) de son pays et  lauréat du prix Castel 2018 au Cameroun, un prix soutenant les projets initiés dans le domaine de l’agriculture dans le pays.

Save our agriculture entend contribuer davantage à la modernisation du secteur agropastoral au Cameroun et même au-delà (Photo : DR)

Des perspectives pour les années à venir

Au niveau de ses perspectives, il souhaiterait voir ses différents projets s’étendre sur tout le continent. «Nous envisageons d’implanter dans le premier trimestre de 2020, nos premiers modèles d’unités aquaponiques en container 40 pieds dans la ville de Douala. Nous avons obtenu une autorisation de la communauté urbaine, il ne reste plus que la fabrication de l’unité qui a déjà été conçue et validée par les équipes techniques. Ce projet nous ouvrira dans le futur, les portes des grandes métropoles du continent africain», estime-t-il. Malgré les retards accusés dans la modernisation de l’agriculture au Cameroun, ce secteur reste un pilier de l’économie et emploie plus de 60% de la population active. Grâce à l’aquaponie, Flavien ambitionne ainsi contribuer à la relance et à la modernisation du monde agropastoral dans son pays.

Jean-Paul DEMOUSS

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