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Energie électrique: la Jacinthe d’eau pour produire de l’électricité au Niger

Jacigreen, tel est le nom de l’entreprise mise en place par l’entrepreneure nigérienne Mariama Mamane, spécialisée dans la transformation des jacinthes d’eau en biogaz et électricité. En effet, au-delà de la transformation de la jacinthe d’eau en engrais et compost pour les agriculteurs, le gaz résultant de cette plante réputée nuisible pour le milieu aquatique, peut être récupéré et envoyé dans un générateur afin de fournir de l’électricité aux populations. Jacigreen envisage de construire une unité de transformation pour fournir 500 ménages en électricité et plus d’un millier d’agriculteurs en engrais naturel d’ici 2021.

Le biogaz résultant de la jacinthe d’eau permet de produire de l’électricité (Photo : DR)

La Jacinthe d’eau n’est pas naturellement néfaste. Bien au contraire, elle permet de purifier les cours d’eau. Cependant, à sa phase de maturité, elle finit par étouffer la vie aquatique et dévient ainsi nocive à la biodiversité. Au Niger par exemple, c’est un véritable fléau ! En plus d’encombrer et d’assécher le fleuve Niger, elle asphyxie également sa faune et sa flore. Pour résoudre le problème, la jeune ingénieure propose deux solutions. « A partir de cette ressource naturelle, nous avons mis en place un système de production de fertilisant organique par compostage anaérobie. Nous fabriquons aussi de l’électricité à partir du biogaz », explique Mariama Mamane. En d’autres termes, elle fabrique d’abord un engrais naturel dans un environnement dépourvu d’oxygène. A basse température, le traitement et le processus débute par la formation du tas.  Collectée, la jacinthe d’eau est par la suite entreposée et traitée dans le centre de production de compostage en anaérobie. Le gaz s’échappant de ce processus de compostage en anaérobie est enfin stocké en vue de la production de l’électricité. Cependant, pour arriver à cette innovation, le parcours de la jeune entrepreneure n’a pas été de tout repos.

Un concours comme déclic

En 2016, Mariama Mamane, titulaire d’une licence en biodiversité et gestion de l’environnement à l’université de Niamey, intègre l’institut international d’enseignement supérieur et de recherche (2iE) de Ouagadougou au Burkina Faso. Elle y poursuit des études en ingénierie de l’eau et de l’assainissement. Cette même année, l’école organise un concours permettant aux étudiants de présenter leurs idées de projets, avec à la clé, un coaching personnalisé de la part du jury composé de professeurs, d’investisseurs et de chef d’entreprises.

Mariama Mamane décide donc de soumettre un projet qu’elle rumine depuis 2013.  Celui de transformer la problématique jacinthe d’eau en engrais naturel. Ainsi naît le projet Jacigreen qui remportera, le 17 Juin 2016, le premier prix du concours « parcours entrepeneurs » de 2IE. Selon elle, c’est ce concours qui a été à la base de la concrétisation de ce projet.  « Ce fut le déclic qui m’a permis de croire en moi et aussi aux changements que je pourrais apporter pour le développement durable. Après cela j’ai continué à travailler sur le projet en me rapprochant davantage des institutions et de la population afin que les solutions proposées par Jacigreen puissent répondre efficacement aux différents problèmes. Je suis très motivée par un besoin débordant de réalisations et je suis arrivée à ce cap avec une seule formule : « Le changement commence par moi-même », se réjouit-elle. Juste quelques mois plus tard, l’ingénieure est encore retenue pour la finale de l’édition 2016 du concours d’African Rethink Awards à Paris. Ce concours reçoit une cinquantaine de jeunes entrepreneurs africains sélectionnés pour l’aspect innovant de leurs projets. A l’issue de la finale du concours, elle se voit décerner le «Prix de l’encouragement » du Jury pour Jacigreen. Le jury estimant que ce projet à fort potentiel participe de manière significative à la transition vers un modèle économique d’entreprise viable et durable en Afrique.

L’entrepreneure envisage fournir de l’électricité à 500 ménages et de l’engrais à au moins 1000 agriculteurs d’ici 2021 (Photo : DR)

Un appel à contribution financière

Les encouragements ne finissent. En effet, la jeune femme est désignée par la suite, lauréate du prestigieux prix Young champions of the earth pour la région Afrique. Remis par Onu Environnement en novembre 2017, ce prix dont la dotation s’élève à 15 000 dollars (environ 7,5 millions de FCFA) lui a permis de financer une partie du projet dont le coût total est estimé à 88 millions de francs CFA. Une partie importante de ce coût, soit 68 millions de FCFA servira à la construction d’une raffinerie. En plus de l’aspect structurel, l’entrepreneure appelle donc au soutien financier d’éventuels bailleurs de fond. « Jacigreen est un projet éco-innovant contribuant à l’assainissement de nos plans d’eau et à la promotion d’une agriculture écologique tout en comblant le déficit énergétique. Nous entendons produire 280 kWh que nous rétrocéderons à la société nationale d’électricité au terme d’un accord tarifaire, commercial et technique », souhaite-t-elle avec en prime, dès la première année d’exploitation, 30 000 sacs d’engrais naturels (de 50kg chacun) destinés aux agriculteurs. « Notre premier marché sera celui des maraîchers et des petits exploitants familiaux, dont nous voulons préserver la santé. », conclut-elle. Si Mariama Mamane souhaite prioritairement voir son idée être mise en pratique dans son pays d’origine, d’autres états voisins également victimes de la jacinthe d’eau comme le Burkina Faso ou la Côte d’Ivoire se sont déjà montrés intéressés.

Jean-Paul DEMOUSS

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